Quand il n'aura plus rien pour se chauffer, cet homme,
Ce vieil homme qui boit, qui boit,
Et qu'il fera bien froid, bien froid,
J'irai brûler pour lui notre gueule de bois!
Quand on a bu toute une nuit
Dans des cafés pas bien honnêtes ,
Quand on a bu tout son ennui
Avec des filles pas trop nettes,
Quand on rit pour ne pas pleurer
En bafouillant sur l'existence
Quelque rancune à écoeurer
Un prêtre de la pénitence,
Quand on pleure d'avoir trop bu
Dans les bras d'une fille triste
Qui a des gestes de Bon Dieu
Qui a l'ivresse au fond des yeux
Qui voudrait vous remettre en piste
Et qui vous met le coeur à nu,
Quand on s'endort sur son corsage,
Quand on l'appelle sa maman,
Que l'on devient petit enfant
Pour une mère de passage,
Quand on se retrouve au matin
Dans le lit de cette drôlesse
Qui a déversé ses caresses
Et qu'on la traite de putain,
Quand on voulait de la tendresse
Pour le coeur, non pas pour le corps
Qu'on n'a trouvé qu'une maîtresse,
Quand on s'enfuit tout seul, alors...
On en a marre, on en a marre
On en a marre de sa peau
On en a marre, on en a marre
On voudrait bien se foutre à l'eau;
Moi, j'en ai marre, j'en ai marre,
Moi, j'en ai marre de ma peau,
Moi, j'en ai marre, j'en ai marre,
Je voudrais bien me foutre à l'eau.
Je pense à mon copain poivrôt
Qui fait la manche à Montparnasse
Qui boit sa vie dans les bistrots
Et qui l'endort sur leurs terrasses,
Je pense à mon copain clochard
Qui a de l'Ame plein la tête
Qui m'a donné des cigarettes
Un peu de vin pour mon cafard,
Je pense aussi à sa misère,
Comme il est devenu poivrôt,
Lui qui oublie au fond d'un verre,
Lui qui fut jeune et qui fut beau.
Moi, j'en ai marre, j'en ai marre,
Moi, j'en ai marre de ma peau,
Moi, j'en ai marre, j'en ai marre,
Je ne peux plus me foutre à l'eau!